ETUDE DE LA GENESE DE LA 2CV (TPV)

PAGE 07.

1939 – 1948

 Les essais se poursuivent

 La guerre éclate alors que la 2 CV allait être dévoilée. Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne. Une grande partie du personnel de Citroën se retrouve sous les drapeaux, ce qui entraîne une désorganisation des différents services. La production se concentre sur les poids lourds et bien entendu sur les obus. Les essais de la 2 CV se poursuivent quand même, notamment chez Michelin comme le prouve une lettre de Marcel Michelin à Boulanger en date du 11 octobre 1939. On apprend qu’il a utilisé la voiture tous les jours pour son service, que les côtes sont franchissables à condition d’être seul ou à deux dans la voiture et qu’elle démarre si bien qu’un système à ficelle serait possible (comme pour les petits moteurs de bateau). Idéalement serait de pouvoir l’actionner depuis l’intérieur. La voiture n’est cependant pas assez discrète et l’usage quotidien arrêté. Il mentionne aussi sa rencontre avec l’équipe d’essayeurs de Citroën et leurs deux voitures d’aspect plus « sortable ». Michelin devait donc apparemment rouler avec un prototype. Il devait aussi en avoir plusieurs puisqu’il souligne qu’il n’a pas assez de chauffeurs pour les faire rouler.

Boulanger ne désespère pas de reprendre la fabrication de sa 2 CV. Quelques temps avant la prise de Paris par les Allemands, PJB note ceci : « Si Paris intenable, partir à Clermont. Y a-t-il des locaux ? Où s’installer pour fabriquer T.P.V. à 12 000 ou 15 000 ex. ? Y aura-t-il des tôles ? Où les fait-on ? S’entendre avec Peugeot. Liste du matériel à transporter … ».

Le 3 juin 1940, les usines du quai de Javel sont bombardées. Une partie de l’administration est incendiée avec toutes les archives, y compris l’annexe du bureau d’études où sont traités les problèmes d’industrialisation des véhicules. La direction fuit et s’installe à Niort (Deux-Sèvres) où elle espère poursuivre la production pour l’effort de guerre. D’autres groupes devaient se retrouver dans le Bordelais, mais le personnel éparpillé retourne finalement assez vite à Paris, suite à la demande d’armistice du maréchal Pétain (16 juin). Boulanger trouve dans l’usine l’officier de la Wehrmacht Von Baumback, ancien directeur commercial de DKW qui le somme de reprendre la production des camions. Citroën va aussi produire pendant cette période des brouettes, des pièces de vélos, des marmites norvégiennes, etc.

La 2 CV est vite repérée, et dès juillet 1940, des ingénieurs allemands viennent pour la voir (plusieurs, notamment celles inachevées, sont restées dans l’usine de Levallois). Ils en veulent trois complètes. Pour cela, ils avancent les arguments suivants :

§       elles ne seront montrer qu’au Führer et à son état-major,

§       Citroën recevra une KdF-Wagen (celle qui va devenir la Volkswagen) et pourra en disposer,

§       Ferdinand Porsche (qui l’a créé) se mettra à disposition pour donner les informations nécessaires.

Mais Boulanger ne cède pas, l’insistance et les menaces des Allemands n’y changent rien. La KdF est quand même livrée : PJB ordonne tout de suite de la bâcher et menace de renvoi quiconque tenterait de la regarder. Porsche vient alors la récupérer, et lui non plus ne pourra voir la 2 CV. En fait, les Allemands sont convaincu de la supériorité de leur voiture. En entrant dans La Ferté-Vidame, ils trouvent aussi la 2 CV, au moins un exemplaire avec lequel ils font du stock-car.

La fabrication des poids-lourds se fait avec toute la lenteur possible et le bureau d’études reprend ses activités dans la clandestinité (à Niort notamment). Nous avons vu que les essais se poursuivent après septembre 1939. Un an après, « la vitalité technique est conservée, les études continuent avec l’espoir d’une reprise ; la documentation concernant la petite voiture dont 100 exemplaires sont en circulation, l’immeuble de la place de l’Opéra n’ont pas été cédés pour ne pas engager l’avenir » (réunion du conseil du 23.09.40). Le mystère est complet sur l’attribution, l’usage, je dirais même l’existence de ces 2 CV. Que sont-elles devenues ? Pourquoi aucune n’a survécu ? Pourquoi aucun témoignage n’est arrivé jusqu’à nous ? Antoine Demetz avance l’hypothèse dans son livre la Citroën 2 CV de mon père qu’une société de surveillance parisienne en aurait utilisé plusieurs et qu’un collectionneur posséderait encore une photo. Rumeur sans doute …

 

1941 – il faut faire une nouvelle 2 CV

 

En 1941, tout le monde est conscient que la guerre va durer, il est donc décidé de revoir le projet. Pierre Bercot (futur président de Citroën) fait différents calculs qui prouvent que la 2 CV de 1939 dépasse largement le prix acceptable (env. 40%). Le magnésium est extrêmement cher, et l’alu coûte trois fois le prix de l’acier. La voiture est également difficile à fabriquer.

L’étude redémarre donc discrètement. Est-ce parce que cette voiture n’était pas viable commercialement ? Certainement. Est-ce parce que les Allemands avaient pu la voir ? Boulanger l’affirme dans une note qu’il rédige en décembre 1944. Mais la raison première reste sans aucun doute la nécessité d’en réduire le coût.

En 1942, Jean Cadiou prend la direction du bureau d’études, succédant à Ingueneau, qui a occupé la place pendant une année (avant il y avait Brogly). Pendant cette période, les essais se font bien entendu dans la plus grande discrétion. Citroën obtient un peu d’essence des Allemands pour la mise au point des camions à leur livrer, et arrive à en détourner une partie, mais c’est bien insuffisant. Une histoire d’amour ne tarde pas à débloquer la situation. L’essence et les « bons matières » ainsi obtenus permettent de travailler et progresser plus rapidement. C’est dans un couloir de l’usine de Javel qu’un officier allemand et une secrétaire se croisent et ont le coup de foudre l’un pour l’autre. Lui devient pro-français, procure des papiers, fait libérer des prisonniers, etc. A la libération, il reçoit de nombreux témoignages qui lui permettent de ne pas être inquiété, et le mariage ne tarde pas. Magès pense qu’un an ou deux ont été gagné sur l’élaboration des différentes études.

 

AFG – une concurrente de la 2 CV

Jean-Albert Grégoire est ingénieur chez Panhard. Là aussi le travail doit se faire dans la clandestinité. A côté de ses activités chez Panhard, il mène une petite équipe chargé par L’Aluminium français de concevoir une petite voiture utilisant naturellement des alliages légers. L’étude se fait entre 1942 et 43, et donne naissance à un prototype roulant : l’AFG pour « Aluminium français – Grégoire ». La voiture pèse 400 kg et possède un moteur 2 cylindres à plat de 594 cm3 développant 15 ch. Quatre voitures sont construites.

En 1943, Citroën peut l’essayer pendant un mois. L’Aluminium français souhaite en effet vendre ses alliages et les brevets de l’AFG. Boulanger est naturellement très intéressé. Les essais l’impressionnent car les performances sont excellentes pour une si petite voiture (70 km/h dans la côte de Suresnes). Suite à cela, la vitesse dans le cahier des charges de la 2 CV passe de 50 à 65 km/h !

Au moment de la libération, Panhard rachète le prototype, son projet VP n’ayant pas aboutit. Cela devient après quelques modifications la Dyna, présentée au salon de 1946.

 

                                                                                Pascal HONOEGER

    LES AUTRES PAGES : 1 2 3 4 5 6 8
   

   LA PAGE SUIVANTE No. 08